Partager l'article ! # ECRITS AUTRES - 1 - (Texte d'accueil du public pour "Fantaisies" à Gonesse): Fantaisies # 1 Accueil du public & ...
Journal de bord de la Cie Sambre
par Carole Thibaut - directrice artistique
Fantaisies # 1
Accueil du public
Gonesse –
auditorium de Coulanges
18 mars 2011
Bonsoir. Bienvenue à l'auditorium de Coulanges. N'attendez pas que je vous dise d'éteindre vos téléphones portables. D'abord parce que je suis certaine que vous êtes des gens civilisés et non de ces grossiers personnages aliénés qui laissent leurs téléphones allumés en toutes circonstances. Ensuite parce que je ne suis pas l'hôtesse d'accueil du théâtre. Non. Moi je suis l'artiste. Si, si, ça existe chez les femmes aussi. C'est moi là. Qui vous fais signe. Vous voyez. C'est ma voix que vous entendez. Et pourtant mes lèvres ne bougent pas. C'est la magie du théâtre.
Auditorium de Coulanges. C'est Bernard qui m'a dit que ça s'appelait comme ça. Bernard c'est le directeur des affaires culturelles de chez vous. Le chef de la culture de Gonesse quoi. C'est lui qui m'a programmée. Donc si ça ne vous plait pas, il faudra voir ça avec lui. Moi je ne suis pas responsable. Je suis l'artiste. Et on sait bien que les artistes sont des irresponsables.
En tout cas ça fait très chic "Auditorium de Coulanges" ; on imagine une sorte de salle Pleyel du Val d'Oise. Mais Gonesse n'est –il pas d'une certaine manière le petit Versailles de l'est du Val d'Oise, avec son splendide hôpital, sa superbe médiathèque, ses majestueuses champs d'atterrissage, ces petits pavillons coquets, ces quartiers riants et tranquilles au nom fleurant bon le bucolique : Les marronniers, Les fauconniers. Moi j'aime Gonesse. J'aime ce mélange délicat de murs ancestraux, de richesses patrimoniales et d'audaces architecturales modernes. Béton, vieilles pierres et verdures. Laissons dire certains esprits grincheux, certains journalistes peu sérieux, l'Est du Val d'Oise, il n'y a pas mieux. Il n'y a qu'à voir les autres petites bourgades joyeuses et paisibles voisines, auxquelles je suis également très attachée pour y travailler souvent : Villiers le bel, Sarcelles, Garges …
C'est ça qui est bien quand on est une artiste femme c'est qu'on est amenée à visiter des endroits incroyables et des quartiers où aucun autre artiste n'a la chance d'accéder. Nous ne cédons pas à la facilité, non, non, non, des grandes scènes parisiennes, des institutions. Nous préférons dénicher de charmants petits coins en périphérie, parfois pas même des théâtres, non, des salles de centres sociaux, des salles de classes, pour y présenter nos œuvres. Nous aimons le contact, la rencontre humaine. Et puis c'est bien connu, si les femmes ne sont pas de grandes artistes, ça se saurait comme l'a dit un jour un grand directeur de théâtre national parisien que je nommerai pas mais son théâtre est situé en haut d'une colline, les femmes ont en contre partie un sens très développé des rapports sociaux, humains. C'est ce qu'on appelle un don vaginal. Si si. Car tout ceci est lié, d'après les explications qu'on m'a données, à la forme particulière du vagin qui est en vase, prêt à recevoir. Le phallus triomphant, conquérant, masculin, lui est en forme de pointe, dressé vers le haut. Enfin quand il est en forme. C'est pourquoi naturellement l'homme s'élève, poussé vers la transcendance, de dégage des gangues matérielles pour accéder au spirituel, à l'abstraction, à l'art, au divin. La femme, elle, est ancrée dans la terre, le matériel, reçoit, console, entoure. C'est ce qu'on appelle une vérité biologique. Physiologique. Comme le fait que les noirs courent plus vite et qu'ils ont des sexes énormes compensés par des cerveaux plus petits. Ou que les asiatiques rient tout le temps et ne sentent pas la douleur ni les radiations. Ou que les arabes sont tous des islamistes radicaux avec un couteau entre les dents prêts à égorger n'importe quel incroyant. C'est ça qui est bien avec les vérités physiologiques c'est qu'envers et contre tout il en reste toujours un petit quelque chose dans la tête des gens. Du genre "il n'y a pas de fumée sans feu".
Mais quand même. Nous sommes de plus en plus d'artistes femmes à avoir pris conscience que si les scènes nous sont majoritairement fermées, à nous, à nos textes, à nos mises en scène, ce n'est pas, comme le dit ce directeur de ce grand théâtre national français situé en haut d'une colline, parce que s'il y avait des artistes femmes de talent on les connaitrait, mais parce que la domination masculine est toujours solidement implantée dans nos sociétés, et que maintenant en plus elle a les coudées franches, camouflée qu'elle est désormais sous des apparats égalitaires et démocratiques. Et ce n'est pas avec le président qu'on a élu, (parce qu'on a beau dire maintenant avec des airs de nez pincé, nous l'avons élu, oui, oui), ce n'est pas avec ce genre de président qu'on va remettre en question les rapports de classes dominantes en France.
STOP. J'avais dit Pas ce soir. J'avais dit, ce soir, je ne parle pas de Sarkozy. Ni des inégalités ahurissantes être hommes et femmes dans les métiers de l'art et de la culture en France. Ni des arabes. Ni des noirs. D'autant plus qu'on m'a dit "en banlieue il ne faut surtout pas parler des noirs des arabes, des turcs des assyro-chaldéens des chinois, des sri-lankais des pakistanais, des catholiques des musulmans des juifs des hindous des orthodoxes. En banlieue il ne faut parler de rien de ce qui fâche. En banlieue il ne faut parler de rien. Et puis après sinon je vais parler de Sarkozy et de sa copine Marine. Forcement tout ça c'est lié. Surtout en ce moment. Et si je parle de Sarkozy et de Marine, je sais où ça va me conduire. Ensuite je parlerai des socialistes. Parce que les socialistes m'énervent aussi en ce moment. Beaucoup. Et puis après dieu sait où cela ira. Et la représentation sera pathétique. Comme à chaque fois que je parle de Sarkozy et des socialistes dans ce texte d'accueil du public. Et puis Bernard m'a dit "On t'accueille ici avec ton truc, mais tu ne parles pas politique. Déjà parce que tu es dans une ville socialiste ici. Alors tu évites de parler des socialistes. Et puis parce que c'est un théâtre subventionné ici. Et que je n'ai pas envie de me mettre à dos la moitié des subventionneurs. L'argent public pour la culture se fait de plus en plus rare on ne va pas permettre à des artistes irresponsables de nous faire supprimer le peu qu'il nous reste. La liberté artistique doit avoir des limites raisonnables. Et puis de toute façon les gens ne viennent pas au théâtre pour entendre parler politique, ça ennuie tout le monde la politique, déjà qu'on a les élections présidentielles l'an prochain et qu'ils sont déjà en train de nous pomper menu avec DSK : DSK épluche des pommes de terre. DSK fait son marché. DSK ira ira pas. STOP. Je digresse encore. Je ne dois pas digresser. Je ne dois pas parler de DSK. Non non non. Ni d'aucun autre socialiste ici. Ni de Sarkozy. Bernard m'a prévenue.
"Bon, qu'il m'a dit Bernard, soyons clair, les gens viennent au théâtre pour se divertir. Et toi tu es là pour les divertir On n'en attend pas moins et pas plus de toi et de ton truc là. Un solo avec actrice doit être une petite chose légère, joyeuse et rigolote. Des "Fantaisies" avec une pointe de sexe. Donc parle de sexe ou va t'occuper de tes deux enfants en bas âge qui pleurent de l'autre côté du périphérique tandis que leur mère fait la grue sur scène."
Non. Je plaisante. Bernard n'a pas dit ça du tout. Il a juste dit "Tu ne crois pas que ce texte d'accueil est un peu long". Et il a raison. Entrons donc dans le vif du sujet, celui qui nous occupe toutes et tous en ce moment et continuellement, je veux parler du sexe. Enfin ne rêvez pas. Vous êtes à l'auditorium de Coulanges, pas sur TF1, que vous le vouliez ou non. Donc foin de scènes affriolantes, de sexe turgescent et délirant, de postures pornographiques, il sera question ici de sexe sexué, de sexe en tant que genre. Et si vous êtes sages, je vous ferai ensuite le sexe non sexué, le sexe sexuel, le truc cochon quoi, avec triturage de chairs et force déhanchement.
Je vous propose donc de réfléchir ensemble à la question suivante : Qu'est-ce qu'une femme. Et a fortiori qu'est-ce que l'idéal féminin? Car en il contient par définition l'essence même de la femme, son principe d'existence. La femme idéale existe-t-elle? A priori oui, car on ne cesse de nous la montrer, démontrer, en images, en articles, à la télé, dans les journaux, au cinéma, partout. Mais où est ma femme idéale? Celle que je suis forcément au fond de moi, celle que je recèle forcément, celle qui le vaut bien, en moi.
Bien je crois que je suis prête.
Nous pouvons y aller.
Merci de votre attention.
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