Jeudi 24 mars 2011 4 24 /03 /Mars /2011 00:54

Me voici recluse dans ma maison de Picardie. Au milieu d'un océan de champs de betteraves et de terres labourées. Pas une boulangerie ou un café à moins de dix kilomètres. J'ai acheté des réserves pour cinq jours, dont une très bonne bouteille de Lalande Pommerol et me suis enfermée. Heureusement que c'est le printemps. Il fait beau et presque chaud dans la maison. Je ne fais marcher la cheminée que le soir. Heureusement. Parce que rien de plus glaçant que de rester assise à longueur de jours et de nuits à son bureau. J'ai écrit en trois jours et trois nuits une première version du texte des petites empêchées. Je crois, dans la dernière ligne droite, avoir écrit près de quinze heures d'affilée, comme dans un état hypnotique. A un moment j'ai regardé l'heure, il était 23h54 et l'instant d'après il était 3h50. J'ai achevé ce soir le Lalande. J'espère le texte aussi ou à peu près. Et pour fêter ça je me suis payée un dossier Drac tout entier qui attendait depuis plusieurs semaines que je veuille bien m'en occuper. On a les distractions qu'on peut. Demain je vais relire encore. Pas le dossier, Les petites empêchées. Je ne sais plus trop bien quel jour ni quelle heure on est. Aujourd'hui j'ai déjeuné à 16h. Je m'étais installée à mon bureau à 10h, avec mon bol de thé, histoire de jeter un oeil rapide au texte, avant de m'habiller. J'en suis ressortie à 15h30 sans trop savoir ce que j'avais fait. Des corrections je crois, des remises en ordre narratif, des précisions. La maison craque de partout. Les morceaux de bois dans la cheminée, les bêtes dans les combles, les branches sur le toit. Je m'accroche à mon écran. Et je n'en ai pas assez, puisque me voici en train d'écrire ce morceau de blog. Les dossiers c'est pas si mal parfois. Ça permet de mettre des mots sur, de préciser ce qu'on veut, ses rêves, d'oser, de se projeter. C'est souvent au détour de dossiers que ce sont décidés d'un coup des projets de création, des virages dans mes cheminements. Comme après une lente gestation à peine consciente. Demain soir j'ouvrirai une nouvelle bouteille de rouge et après de nouvelles corrections, je commencerai peut-être la rédaction de Moscou rouge. Avant de rentrer à Paris vendredi. Et de retrouver une vie plus rangée. Enfants. Répétitions. Compagnie. Budgets. 

Par journal de bord de la Compagnie Sambre
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Samedi 19 mars 2011 6 19 /03 /Mars /2011 21:02

Les représentations de "Fantaisies" (troisième version pour la troisième année!) viennent de s'achever. En restera une pour terminer la saison en avril à Fosses. Je viens d'achever 5 semaines non stop avec la semaine de recréation, plus les trois semaines à L'étoile du nord, plus la semaine de reprise en hors les murs au lycée de Fosses qui s'est achevée hier soir par la représentation à Gonesse à l'auditorium de Coulanges (avec un texte d'accueil qui m'a particulièrement amusée à écrire, je le joins ici en page annexe). Pas eu le temps d'écrire malgré ce que j'avais projeté. "Fantaisies" a été trop prenant, d'autant plus que j'avais eu la bonne idée d'inviter certains soirs d'autres artistes à partager la scène, ce qui me demandait d'adapter le texte d'accueil (ré-enregistrement + remontage...) à chaque fois et de trouver le bon endroit où glisser ce "guest" en fonction de son contenu et de sa forme. Je n'ai donc pas pu relâcher la pression. Ceci dit c'est une idée que je ne regrette pas. Les rencontres furent toujours belles autour de ces impromptus artistiques uniques et chaque guest apportait un éclairage différent à "fantaisies" qui transformait à chaque fois le spectacle, même pour 5 minutes d'intervention. Et ce côté "à l'arrache" (nous réglions la place du guest, les lumières, les entrées, etc, 1 heure avant le début de la représentation) me convenait dans le processus si singulier de ce spectacle.

Et puis les représentations au lycée, avec toute la tension que représente ces hors les murs, la difficulté de ce pari à chaque fois: aménagerP1000828 entièrement une salle fonctionnelle (ici la salle informatique), l'appréhension de jouer dans une telle proximité, et devant des jeunes de ces âges, et aussi divers que ceux de cette banlieue (classes d'enseignement professionnel et général) un solo comme "fantaisies", les ateliers qui suivent, les rencontres qui accompagnent, tout cela représente un investissement énorme, autant financièrement qu'humainement. Quand je pense qu'aucune tutelle n'a saisi la balle au bond et donné les moyens que cela se développe réellement. A l'heure actuelle il vaut mieux déposer des  projet d'ateliers utilitaires bien normés menés par des comédiens qui viennent la plupart du temps cachetonner sur les fantasmes théâtraux d'enseignants. Sans doute parce qu'on prend moins de risque. On "fait faire du théâtre". Rien à voir avec ces spectacles intégralement déplacés (avec décor, lumière, son, vidéo) dans les établissements. C'est beaucoup plus lourd à mettre en place, mais ça coute moins cher qu'un atelier à l'année et c'est, je crois, mille fois plus porteur de sens. P1000839On est au coeur de l'artistique et de la "décentralisation". Croyez-vous encore que les "pratiquants théâtraux" s'intéressent forcément au théâtre en tant qu'émotion artistique, bouleversement artistique? Non. On touche là plus sûrement à l'émotion narcissique... quand il y a la moindre émotion, et à l'instrumentalisation de l'art au mieux pour des fins soit disant sociales. Comme si un atelier avait jamais permis à quelqu'un de trouver du travail (c'est pourtant ce qu'on nous demande de démontrer désormais dans les dossiers). Quel cynisme. Il est évidemment plus facile pour un enseignant (et plus rigolo pour lui) de faire faire du théâtre à sa classe une fois par semaine (lui qui a toujours rêvé d'en faire et qui d'ailleurs se dit un peu comédien lui même) plutôt que d'accueillir un vrai spectacle au sein de son établissement, avec tout ce que comporte le hors les murs comme contraintes. L'oeuvre artistique qu'est le spectacle est bien plus dérangeante et subversive, si elle est de qualité, qu'un atelier bien normé. Je tire ici mon chapeau à ces enseignants, comme Karim Boushemaï au lycée de Fosses, Christine Mirtain, les institutrices avec lesquelles nous travaillons sur "les Petites empêchées", Alba Perrault de Persan, et tant d'autres heureusement, qui ne craignent pas de faire entrer le loup dans la bergerie ni que l'artiste dévore leurs petits agneaux et surtout ne sape leur autorité de berger. Alors quelles complicités, quelles principes de fond, engagements, partagés entre nous. Alors oui, face à leurs engagements, et eux et elles face aux nôtres, nous savons les unes les autres pourquoi nous nous battons et en quoi nous croyons, qui continue à nous faire avancer envers et contre toutes les bêtises et cynismes actuels.P1000854

Bref, donc je n'ai pu écrire une ligne. Je me sauve dès demain dans une lointaine campagne, pas très jolie, mais terriblement isolée. Et l'absence même de beauté environnante me garantit une plongée ascétique en écriture, nuit et jour, accompagnée d'une bonne bouteille de rouge pour passer les nuits blanches sur mon clavier et d'une théière géante tout droit sortie de "Alice au pays des merveilles" pour passer les journées itou. J'ai 5 jours pour écrire le texte des "petites empêchées". Cela parait délirant ou inconscient dit ainsi. Mais ce sont cinq jours qui viennent après une année de gestation, des mois d'essais, d'ébauches, d'improvisations, de rencontres, de lectures (je pourrais créer désormais une encyclopédie des contes!), de discussions avec les comédiennes, les enfants, les encadrant/e/s... Je sens que cela a muri suffisamment et que les choses sont là. Ce qui me manque, simplement, désormais, c'est le temps de la mécanique de l'écriture...

.. Sauf si je me plante. M'illusionne. Et que je sèche comme une vieille peau au soleil devant mon clavier. Alors là...

Par journal de bord de la Compagnie Sambre
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Jeudi 17 mars 2011 4 17 /03 /Mars /2011 11:43

Voici un moment que je me dis que je vais le faire. Pas pour la postérité ou par espoir de captiver des foules. Mais pour garder une trace, d'une aventure artistique comme celle de la Compagnie Sambre, de tous ces jours et semaines et mois de travail et de recherche. Parcours si étroitement lié au mien, depuis plus de 15 ans (!) que cela a commencé, qu'il m'est parfois difficile de faire la part de ce qui est de la compagnie et ce qui m'appartient en propre ... 

L'aventure Sambre a débuté en 1994, alors que je suivais ma deuxième et dernière année à l'ENSATT, alors encore surnommée Ecole de la Rue Blanche, puisqu'encore pour très peu de temps située à Paris. Sambre est née avec ma première mise en scène, Caligula de Camus. Une erreur selon la direction de l'école de l'époque, qui estimait la pièce ringarde, lourde et mal écrite. Ce fut pourtant le premier spectacle "d'élèves" que l'école accepta de produire. Et le début, pour moi, de cette aventure. Cette compagnie est l'outil dont j'ai décidé de me doter, sachant qu'il était la condition sine qua non de mon indépendance artistique, devinant aussi qu'il serait forcément prenant, lourd à porter souvent, entrainant charges et complications de toutes sortes. J'étais loin de compte. Et je n'en finis pas de m'interroger, depuis toutes ces années, sur cet équilibre précaire entre la liberté artistique que cela me garantit d'un côté et l'aliénation terrible que cela représente de l'autre.


Par journaldebord-compagniesambre
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Présentation

Rendez-vous prochains

  • les 26 et 27 janvier à Aubervilliers : Les petites empêchées - histoires de princesses 
  • le 2 février à Champigny : Fantaisies-l'idéal féminin n'est plus ce qu'il était
  • du 13 février au 18 février à Confluences : Les petites empêchées - histoires de princesses 
  • le 8 mars à Jouy le Moutiers : Fantaisies-l'idéal féminin n'est plus ce qu'il était
  • les 15 et 16 mars à l'Espace Germinal de Fosses :  Les petites empêchées - histoires de princesses 
  • Carole Thibaut participe en tant que comédienne à la création de Combat de Gilles Granouillet, mis en scène par Jacques Descorde, du 23 au 26 novembre à Boulogne sur mer, du 30 novembre au 3 décembre à Lille, les 9 et 10 décembre à la Ricamarie, du 13 au 17 décembre à l'Espace Kiron à Paris
  • Carole Thibaut participe en tant qu'auteure à la première édition du Paris des femmes (direction artistique Véronique Olmi et Michèle Fitoussi) au Théâtre des Mathurins, du 5 au 7 janvier
  • Carole Thibaut est auteure invitée à la médiathèque de Saint Herblain les 7 et 8 février pour Côté cour
  • Carole Thibaut participe en tant qu'auteure à Gare aux amateurs au Théâtre du Rond Point du 2 au 5 mai

Images Aléatoires

  • A 40 ans elle escalada la montagne (création atelier)

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