Quelque chose a été traversé là de particulièrement pesant. Une immense fatigue, un épuisement du désir. Je me vis, durant quelques semaines, dame respectable mitonnant ses confitures, entourée de quelques vieux chats ronronnant, travaillant au crépuscule sur un roman à longue haleine. Ou bien institutrice engagée, installée dans quelque campagne ingrate, tentant de communiquer une passion littéraire un peu désuète à des gamins captivés par plein de petits écrans. Bref ce fut la traversée d'une formidable purée de pois existentielle, dont le point d'orgue fut atteint lors de ma résidence d'écriture à La Chartreuse en juin, durant laquelle je m'enfonçais d'heure en heure dans un sentiment gluant d'inanité. Je passe ici tous les états paradoxaux et assez désagréables de cet état. Que soit bénie la camarade metteuse en scène - auteure (**) avec qui j'entretins alors une correspondance par mails dont elle eut l'amitié de ne jamais me faire sentir la pesanteur. Sensation de renouer avec une tradition épistolaire galvanisante pour l'esprit et réconfortante pour l'âme. Puis Avignon et son festival, où il faut être très en forme pour affronter le tout théâtre, petit et grand, d'ici et d'ailleurs qui s'y presse et qu'on y croise à chaque coin de ruelle. Parfois je l'étais, très en forme, le côte du Rhône aidant au besoin, et même parfois à la limite du trop en forme.
ahlalatunechangespasvraimenttoujourscesacrétempêramentmaistunet'arrêtesjamaiscommentfaistuohlalasacréetoiahaha Mais le quatrième soir suis rentrée dans ma campagne dégrisée et le verre dégusté sur la terrasse de ce bar à vin désert (un gouteux Gigondas je crois) n'y a rien changé, de nouveau regagnée par l'épuisement, mêlé d'un rien d'écoeurement, et dans ce cas-là c'est surtout vis à vis de soi-même.
Puis ont suivi de longues semaines de vacances, où je dormais beaucoup, épuisée de toutes les manières et il semblait qu'il n'y aurait jamais assez de sommeil pour me réparer. Des semaines que l'ennui a peu à peu gagné Ô que les honte et culpabilité maternelles et féminines s'abattent sur moi, s'ennuyer ainsi l'été avec deux charmants bambins babillant .... mais quoi, arghhh, les vacances, leurs devoirs domestiques et familiaux obligés, le retour en force de tous nos fondamentaux féminins, de quoi nourrir entièrement une nouvelle version de mes "Fantaisies"... Sans compter que, tout le monde vous le dira, ce fut un été pourri.
Bref. Rentrée il y a deux jours. Posé les outils de jardinage, la truelle et le ciment, laissé tombé le fil d'étendage sur la verte pelouse, les assiettes des grandes tablées, et ouf, ouf, retour dans mon trop petit appartement, devant mon trop petit bureau, nettoyé-rangé-débarrassé de trois années d'entassement. Je reprends avec une jubilation de gamine le collier (mais quel collier!). Je frétille de plaisir devant mes carnets griffonnés, je salive de gourmandise devant les feuillets blancs et les notes collées au mur, je roule des yeux d'obsédée devant tous les petits dossiers qui s'étalent sur mon écran. J'envoie balader les vieilles angoisses rancies, et merde pas de temps à perdre, la vie va être de plus en plus courte (*). Mais, juré, on sera raisonnable. Voui. Juré, cette saison, je n'irai pas au bout de mon épuisement. Je me re-poserai avant. Je n'en ferai pas trop cette fois. Juré. Je prends ici mes bonnes résolutions de la saison. Et que la joie demeure.
(**) : Ça fait donc 3 auteures-metteuses en scène juste ici, et toutes celles, ouhlala, que je connais, et toutes les autres, et il se trouvera pourtant encore des crétins pour dire "qu'il n'y en a pas" et qu'ils n'en connaissent pas". Crétins.
