Jeudi 25 août 2011 4 25 /08 /Août /2011 20:30

Quelque chose a été traversé là de particulièrement pesant. Une immense fatigue, un épuisement du désir. Je me vis, durant quelques semaines, dame respectable mitonnant ses confitures, entourée de quelques vieux chats ronronnant, travaillant au crépuscule sur un roman à longue haleine. Ou bien institutrice engagée, installée dans quelque campagne ingrate, tentant de communiquer une passion littéraire un peu désuète à des gamins captivés par plein de petits écrans. Bref ce fut la traversée d'une formidable purée de pois existentielle, dont le point d'orgue fut atteint lors de ma résidence d'écriture à La Chartreuse en juin, durant laquelle je m'enfonçais d'heure en heure dans un sentiment gluant d'inanité. Je passe ici tous les états paradoxaux et assez désagréables de cet état. Que soit bénie la camarade metteuse en scène - auteure (**) avec qui j'entretins alors une correspondance par mails dont elle eut l'amitié de ne jamais me faire sentir la pesanteur. Sensation de renouer avec une tradition épistolaire galvanisante pour l'esprit et réconfortante pour l'âme. Puis Avignon et son festival, où il faut être très en forme pour affronter le tout théâtre, petit et grand, d'ici et d'ailleurs qui s'y presse et qu'on y croise à chaque coin de ruelle. Parfois je l'étais, très en forme, le côte du Rhône aidant au besoin, et même parfois à la limite du trop en forme.

ahlalatunechangespasvraimenttoujourscesacrétempêramentmaistunet'arrêtesjamaiscommentfaistuohlalasacréetoiahaha Mais le quatrième soir suis rentrée dans ma campagne dégrisée et le verre dégusté sur la terrasse de ce bar à vin désert (un gouteux Gigondas je crois) n'y a rien changé, de nouveau regagnée par l'épuisement, mêlé d'un rien d'écoeurement, et dans ce cas-là c'est surtout vis à vis de soi-même.

Puis ont suivi de longues semaines de vacances, où je dormais beaucoup, épuisée de toutes les manières et il semblait qu'il n'y aurait jamais assez de sommeil pour me réparer. Des semaines que l'ennui a peu à peu gagné Ô que les honte et culpabilité maternelles et féminines s'abattent sur moi, s'ennuyer ainsi l'été avec deux charmants bambins babillant .... mais quoi, arghhh, les vacances, leurs devoirs domestiques et familiaux obligés, le retour en force de tous nos fondamentaux féminins, de quoi nourrir entièrement une nouvelle version de mes "Fantaisies"...  Sans compter que, tout le monde vous le dira, ce fut un été pourri.

Bref. Rentrée il y a deux jours. Posé les outils de jardinage, la truelle et le ciment, laissé tombé le fil d'étendage sur la verte pelouse, les assiettes des grandes tablées, et ouf, ouf, retour dans mon trop petit appartement, devant mon trop petit bureau, nettoyé-rangé-débarrassé de trois années d'entassement. Je reprends avec une jubilation de gamine le collier (mais quel collier!). Je frétille de plaisir devant mes carnets griffonnés, je salive de gourmandise devant les feuillets blancs et les notes collées au mur, je roule des yeux d'obsédée devant tous les petits dossiers qui s'étalent sur mon écran. J'envoie balader les vieilles angoisses rancies, et merde pas de temps à perdre, la vie va être de plus en plus courte (*). Mais, juré, on sera raisonnable. Voui. Juré, cette saison, je n'irai pas au bout de mon épuisement. Je me re-poserai avant. Je n'en ferai pas trop cette fois. Juré. Je prends ici mes bonnes résolutions de la saison. Et que la joie demeure.

*) :Comme l'a dit une autre amie auteure-metteuse en scène(**) : "Assez perdu de temps, commencent à faire chier tous ces cons, maintenant je bourre dans le tas et je ne lâche rien" . Voui, elle a raison, on ne va plus se laisser emmerder, quoiqu'on ait entre les jambes. Parce qu'on en a. Ça c'est sûr. Peu importe quoi. L'important c'est qu'on en ait.

(**) : Ça fait donc 3 auteures-metteuses en scène juste ici, et toutes celles, ouhlala, que je connais, et toutes les autres, et il se trouvera pourtant encore des crétins pour dire "qu'il n'y en a pas" et qu'ils n'en connaissent pas". Crétins.

Par journal de bord de la Compagnie Sambre
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Samedi 21 mai 2011 6 21 /05 /Mai /2011 03:35

« Le milieu de la culture est totalement rétrograde en matière d’égalité »

Publié le 10 mai 2011 par Égalité
Bookmark and Share

Article paru dans le numéro 125 de Clara Magazine

Carole Thibaut, metteuse en scène et comédienne, est membre du bureau de l’association H/F Ile-de-France. Dans la création ou dans l’action, elle milite pour une plus juste représentation des femmes dans l’art… dans la vie.

L’association H/F Ile-de-France s’est créée en 2009, se fédérant à H/F Rhône-Alpes créée en 2008. Elle appelle à l’émergence d’autres H/F en région. Ce réseau a vu le jour à la suite du rapport Reine Prat, chargée de mission pour l’égalité H/F dans les arts du spectacle à la Direction de la musique, de la danse, du théâtre et des spectacles du ministère de la Culture. Ce rapport à fait l’effet d’une bombe en 2006. Il a révélé par les chiffres que le milieu de la culture n’était ni exemplaire ni ouvert d’esprit mais aussi machiste que le reste de la société. Je veux le dire haut et fort, le milieu de la culture est ringard et totalement rétrograde en matière d’égalité. Nous avons plusieurs objectifs : sensibiliser et informer le public, les élu-es et les professionnelles sur la situation de la représentation des femmes dans le monde de la culture, être un observatoire vigilant et permettre aux femmes de prendre toute leur place dans la création et la gestion de structures culturelles.

Les inégalités de genre sont méconnues des partenaires culturels. Les artistes femmes doivent être déculpabilisées. Quand elles ne sont pas prises elles se remettent en question. Leur déception n’est pas une histoire de talent ni une fatalité, mais un problème de société. L’univers du spectacle vivant est tenu par de vieux barons accrochés à leur siège à qui succèdent de jeunes barons. Le système se reproduit par les adoubements patriarcaux. Au moment de nommer les directions de Centres dramatiques nationaux (CDN), cyniquement les directeurs ferment les yeux sur des pratiques discriminatoires. En phase finale de recrutement, sur la short list de 5 ou 6 candidats, on propose une femme alibi qui ne sera pas retenue.

Les femmes sont victimes des quotas masculins à inverser

Les réflexions sont inadmissibles : « On doit mettre une femme même si ça empêche de faire monter un candidat valable. » Comme si les femmes ne pouvaient pas diriger un CDN ! On ne peut pas laisser les femmes seules face à ce constat, mais analyser le phénomène. Le monde culturel rit des quotas dans les grandes entreprises mais quand on voit les chiffres, il y a de quoi pleurer.

La liberté de création sacralisée ne peut justifier ces choix inégalitaires. On a beau jeu de dire qu’on ne peut rien faire. Femmes ou comédiens issus de l’immigration sont peu visibles et finalement pas programmés.

Nous avons plusieurs pistes pour changer ce système sclérosé : informer pour créer le choc et bouger les grilles de lectures. Nous travaillons à la mise en réseau de toutes celles et ceux qui dénoncent l’inégalité professionnelle toutes branches confondues. Je crois aux quotas en politique et dans les métiers car les mêmes causes donnent les mêmes effets.

Aujourd’hui, quand 95 % des textes et productions sont réalisés par des hommes, ils se taillent la part du lion et quand 90 % des directeurs de théâtre sont des hommes, nous les artistes femmes sommes en vérité victimes de quotas masculins que nous voulons inverser.

Propos recueillis par Carine Delahaie – Clara Magazine

Illustration : Photo du spectacle « Les Petites Empêchées » de Carole Thibault © Geoffroy Demarquet

Représentations du 25 au 28 mai à L’Etoile du Nord
Voir notre calepin
Renseignements et réservations

Par journal de bord de la Compagnie Sambre
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 20 avril 2011 3 20 /04 /Avr /2011 22:28

Plus que 5 jours avant la première des "petites empêchées". Le temps se resserre et s'accélère. Enervant cette façon qu'ont les journées de passer aussi vite dans la dernière période d'une création. Les heures filent, on dirait ces plans de certains films sur lesquels on voit les aiguilles d'une horloge se mettre à tourner à toute vitesse. Les enfants sont rentrés, j'arrache quelques minutes précieuses chaque jour pour être avec eux. Hier j'ai pu, entre un essayage de robe de méchante reine et une plongée poussiéreuse dans notre local décor, passer une heure au parc avec eux, c'était jour de fête. Le spectacle se dessine et se précise. La technique, avec son lot d'emmerdements, a débarqué en début de semaine. Régler les problèmes les uns après les autres tout en gardant son calme. Blaguer de temps en temps, quand le stress monte dans l'équipe. Ça peste parfois. Ça s'énerve. Les comédiennes contre le décor. Le décor contre la lumière. La lumière contre le son. Le son contre etc... Tout le monde bataille pour que sa partie soit aussi bien que possible. Et, finalement, plutôt bon gré que mal gré, tout le monde avance ensemble. Et le spectacle se construit, comme une tour de Babel qui, à ce stade, nous parait s'élever miraculeusement. C'est maintenant que les choses échappent à mon imaginaire, prennent corps d'elles-mêmes, comme douées d'une vie qui leur serait propre soudain. Comme un texte dont les personnages, au bout d'un moment, semblent écrire eux-mêmes l'histoire, avec évidence. Et malheur alors à l'auteur et au metteur en scène dont l'imaginaire n'a pas été assez nourri et précis. Il faut que les routes aient été bien dessinées.

Une des comédiennes s'est ouvert le pied cette nuit. Huit points de suture. Elle était absente aujourd'hui et jouera en boitant. Mais elle jouera. Ouf.

J'aime cette équipe. Les actrices, leur attention, leur implication, leurs doutes et leurs peurs contenus, leur confiance intelligente, la densité de leur travail. Les créateurs et créatrices techniques, les ancien/ne/s et les nouveaux/elles. Ce projet aura permis de belles rencontres.

Nous jouons avec notre machine à jouer. Comme des gamines et des gamins. Et en même temps des pros, rodés, précis, sans trop de stress inutiles. C'est le grand bonheur de ce métier : Travailler avec l'expérience de "vieux" professionnels et nos plaisirs d'enfants.

Par journal de bord de la Compagnie Sambre
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 13 avril 2011 3 13 /04 /Avr /2011 08:35

Je suis en apnée. Je respirerai après la création des "petites empêchées". Après les représentations plutôt, puisque ce coup-ci je suis aussi sur scène. Ce matin les yeux me brulent à cause de la fatigue. Hier je comptais rentrer chez moi juste après la répétition, à 18h. Hier soir il n'y avait pas d'atelier : vacances, soirée libre, la quille ! Finalement je suis restée dans les bureaux du théâtre jusqu'à 22h. Jusqu'à ce que mon ordinateur tombe en panne de batterie. L'ordinateur avait moins de batterie que moi. Jusqu'au jour où? Je suis rentrée, j'ai commandé un repas sur internet et j'ai terminé les deux dossiers de subvention à rendre cette semaine, à minuit. A 1h du matin le repas était froid et vaguement collant. L'un des dossiers portait sur un projet pour lequel nous avions demandé 11 000 € et pour lequel il nous a été accordé 1100. Le projet d'accompagnement de la création des "petites empêchées" sur toute la saison, qui concerne 6 groupes d'enfants, d'adolescent/e/s et de femmes. "Passionnant mais n'entrant pas dans la case adéquate". Il y a de plus en plus de cases de moins en moins adéquates. Difficile de faire entrer des projets artistiques dans des cases de plus en plus serrées et normées. A moins de tricher. Ce que je me refuse encore à faire. On nous demande d'adapter le projet à la somme octroyée... Le projet ne peut être adapté. Je le voudrais qu'il ne le pourrait plus. Il est lancé depuis octobre et s'achèvera en mai. Et les subventions sont votées en mars pour les projets de l'année en cours...  Quelle absurdité. Ce sont les finances de la compagnie qui devront s'adapter et mon temps de travail s'élargir un peu plus, comme un élastique qu'on n'en finirait pas de tendre. Chaque année je dis que cela ne sera plus ainsi. Chaque année je me retrouve prise dans la même course. On a toujours le choix si on veut disent certains. oui bien sûr. Et puis ça me plaît. ça me passionne. Oui bien sûr. Mais a-t-on  vraiment le choix dans nos métiers où il faut tant se bagarrer, conquérir la moindre chose de haute lutte, d'autant plus si on est auteur/e aussi de ses spectacles. D'autant plus si on est femme. Les enfants sont partis avec leur père pour la première semaine de vacances. J'ai encore dormi 5 heures cette nuit. Qu'on ne me dise pas "normal pour une "jeune maman". Non. Normal pour une directrice de compagnie.

Par journal de bord de la Compagnie Sambre
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Samedi 2 avril 2011 6 02 /04 /Avr /2011 23:08

Nous avons commencé les répétitions des Petites empêchées. Nous avons pu déjà travailler quelques heures sur le décor, inachevé certes, mais cela permet d'avoir une idée assez précise de ce que cela sera. Je me fais l'effet d'une gamine ayant reçu en cadeau un jouet géant (nous jouons sur une robe de princesse géante) Et notre "machine à jouer" me semble très bien fonctionner , pour le peu que je puisse me rendre compte à ce stade des répétitions. L'avantage d'avoir conçu le spectacle avant même d'avoir écrit le texte (!), c'est qu'il s'emboîte parfaitement dans la scénographie et les grandes lignes de mise en scène dessinées au préalable. Et les rôles ont été écrits pour les comédiennes qui les interprètent... Tout va donc assez vite et laisse la part belle au travail d'approfondissement du jeu et de la technique. Le désavantage en est que j'ai donné le texte assez tardivement pour susciter quelques angoisses quant à son apprentissage. Je me retrouve dans la même situation, jouant le rôle de la reine (la si tentante méchante reine!), mais avec le double handicap qu'étant également metteuse en scène je mets bien plus de temps à plonger dans le jeu et qu'évidemment le dédoublement n'est pas très confortable. Ceci dit, je m'amuse énormément, nous rions souvent à en avoir mal aux côtes, et cela ne nous empêche pas d'avancer vite et bien dans le travail, au contraire. Nous nous connaissons bien les unes les autres, avons déjà partagé des aventures communes, à part pour Karin dont c'est la première aventure sambrienne. Les comédiennes me font confiance et nous nous comprenons sans avoir à s'expliquer des heures durant. C'est très agréable. J'ai hâte de confronter les premières étapes de ce travail aux groupes d'enfants et d'entendre leurs retours. Evidemment comme ils ont partagé avec nous depuis novembre toute l'élaboration pré-écriture, ce sont des spectateurs et spectatrices déjà bien averti/e/s, mais ils prennent assez désormais leur rôle de jeunes conseillers au sérieux pour être sans concessions...

Par journal de bord de la Compagnie Sambre
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Présentation

Rendez-vous prochains

  • les 26 et 27 janvier à Aubervilliers : Les petites empêchées - histoires de princesses 
  • le 2 février à Champigny : Fantaisies-l'idéal féminin n'est plus ce qu'il était
  • du 13 février au 18 février à Confluences : Les petites empêchées - histoires de princesses 
  • le 8 mars à Jouy le Moutiers : Fantaisies-l'idéal féminin n'est plus ce qu'il était
  • les 15 et 16 mars à l'Espace Germinal de Fosses :  Les petites empêchées - histoires de princesses 
  • Carole Thibaut participe en tant que comédienne à la création de Combat de Gilles Granouillet, mis en scène par Jacques Descorde, du 23 au 26 novembre à Boulogne sur mer, du 30 novembre au 3 décembre à Lille, les 9 et 10 décembre à la Ricamarie, du 13 au 17 décembre à l'Espace Kiron à Paris
  • Carole Thibaut participe en tant qu'auteure à la première édition du Paris des femmes (direction artistique Véronique Olmi et Michèle Fitoussi) au Théâtre des Mathurins, du 5 au 7 janvier
  • Carole Thibaut est auteure invitée à la médiathèque de Saint Herblain les 7 et 8 février pour Côté cour
  • Carole Thibaut participe en tant qu'auteure à Gare aux amateurs au Théâtre du Rond Point du 2 au 5 mai

Images Aléatoires

  • pour le plaisir

Recherche

Calendrier

Février 2012
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29        
<< < > >>
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus